Réponse dirigée par les jeunes face aux urgences climatiques dans les établissements informels : étude de cas de Mathare, Nairobi, Kenya
DOI :
https://doi.org/10.18192/cdibp.v1i2.7570Résumé
Les jeunes vivant dans les établissements informels sont souvent fortement touchés par les catastrophes liées au climat, mais ils sont rarement inclus dans les processus officiels de planification des catastrophes. S’appuyant sur les leçons documentées dans une étude antérieure portant sur la réponse dirigée par les jeunes à la COVID-19 à Mathare — qui a démontré que les interventions d’urgence sont plus efficaces lorsque la communauté est impliquée et que les jeunes participent de manière significative à chaque étape — cette étude étend ce modèle au contexte des urgences climatiques, dans le but de développer un cadre évolutif pouvant guider le soutien aux organisations de jeunesse dans les établissements informels à travers le monde afin qu’elles dirigent les interventions et les efforts de relèvement.
Cette étude examine comment les jeunes du quartier informel de Mathare, à Nairobi, au Kenya, ont réagi aux graves inondations d’avril 2024. Elle est rédigée conjointement par du personnel d’ONU-Habitat, des universitaires et des membres de la communauté directement impliqués dans la réponse aux inondations — une collaboration qui renforce l’analyse en ancrant l’interprétation académique dans l’expérience vécue, garantissant ainsi que les conclusions reflètent les réalités locales plutôt qu’une simple observation extérieure. Elle documente comment les organisations de jeunesse se sont appuyées sur des partenariats, des connaissances locales et des expériences antérieures pour coordonner les opérations de sauvetage, de secours et de relèvement là où le soutien institutionnel était limité. Les données proviennent d’entretiens, d’observations, de groupes de discussion et de consultations communautaires menés par Mto Wangu entre janvier et février 2025, ainsi que de documents et de matériels produits par la communauté durant la réponse à la catastrophe.
Mathare est un vaste établissement informel construit le long de la rivière Mathare dans une vallée densément peuplée. Avec plus de 206 000 habitants vivant sur seulement 3 kilomètres carrés, il s’agit de l’une des zones les plus densément peuplées du Kenya. Lors des pluies d’avril 2024, la rivière est sortie de son lit et les eaux de crue se sont rapidement propagées dans l’établissement. Plus de 7 000 résidents ont été déplacés en un mois, au moins 15 personnes ont perdu la vie, et les écoles ainsi que les installations sanitaires ont été gravement endommagées. Le gouvernement n’a pas seulement échoué à fournir une assistance, il a également démoli activement des habitations le long des berges, invoquant l’occupation illégale des zones riveraines. Les habitants ont clairement indiqué que ce sont les groupes de jeunes qui ont été les premiers à intervenir.
L’efficacité de la réponse aux inondations de 2024 reposait directement sur l’expérience acquise lors de la réponse dirigée par les jeunes pendant la pandémie de COVID-19 entre 2020 et 2022. Les organisations de jeunesse avaient déjà établi des relations de confiance, des réseaux et des systèmes de coordination au cours de cette crise précédente — notamment grâce à l’utilisation de radios communautaires, de la communication de pair à pair et du bénévolat lié aux moyens de subsistance. Ces fondations ont permis aux jeunes d’agir immédiatement lorsque les inondations ont frappé, sans attendre d’instructions extérieures.
Des groupes de jeunes, notamment Mto Wangu, Mathare Roots et le Mathare River Regeneration Network (MRRN), ont mobilisé du soutien auprès de partenaires — dont ONU-Habitat, SHOFCO et le Haut-commissariat du Canada — afin d’aider aux évacuations et de fournir de la nourriture, des vêtements et des logements temporaires. Les jeunes ont accordé la priorité à la santé publique en distribuant des comprimés de purification de l’eau, en nettoyant les drains et en réinstallant les stations de lavage des mains mises en place pendant la réponse à la COVID-19. Les efforts de relèvement sont allés plus loin, incluant la création d’un parc communautaire et la cartographie des zones à risque d’inondation le long des berges. Leur intervention reposait sur une forte confiance communautaire, ce qui a facilité la mobilisation des bénévoles, le partage d’informations et la coordination des activités à travers le quartier.
L’étude identifie sept éléments clés ayant façonné l’efficacité de la réponse — depuis les réseaux et la confiance préexistants qui ont permis une action immédiate, jusqu’à l’importance d’un engagement significatif des jeunes à chaque étape, en passant par les partenariats avec des acteurs externes, le soutien aux moyens de subsistance des bénévoles et la reconnaissance honnête des défis structurels qui demeurent non résolus. Ce qui traverse ces sept éléments est un constat constant : les réponses dirigées par les jeunes fonctionnent le mieux lorsqu’elles reposent sur l’appropriation communautaire, qu’elles sont soutenues plutôt que dirigées par des acteurs extérieurs, et qu’elles sont maintenues par des conditions permettant aux jeunes de rester engagés sur le long terme.
Le cas de Mathare démontre que ce sont les réseaux établis, la confiance et l’expérience hérités des crises précédentes qui ont fait la différence. Le fait que ce modèle en sept éléments ait été élaboré de manière collaborative — par les personnes qui l’ont vécu, les praticiens qui l’ont soutenu, les chercheurs qui l’ont analysé et les décideurs capables de créer un environnement propice à sa mise en œuvre — lui confère une crédibilité et un ancrage pratique que les recherches conventionnelles rédigées de l’extérieur atteignent rarement. Ce que les groupes de jeunes de Mathare ont démontré, c’est que lorsque l’autonomie des jeunes est reconnue et soutenue, les jeunes ne sont pas des victimes passives des crises, mais des leaders capables de mener le relèvement — et que cette capacité, correctement financée et intégrée dans les politiques publiques, peut être reproduite dans les établissements informels du monde entier.
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