La Gestion des déchets solides et durabilité urbaine : Suivi de l’indicateur ODD 11.6.1 à Dakar (Sénégal)
DOI :
https://doi.org/10.18192/cdibp.v1i1.7519Mots-clés :
déchets solides ménagers, durabilité urbaine, indicateur ODD 11.6.1, Installations contrôlées, Waste flow Diagram, Waste Wise CitiesRésumé
Le Sénégal, et plus particulièrement Dakar, fait aujourd’hui face à des défis majeurs en matière de gestion des déchets solides municipaux. Avec plus de 2,4 millions de tonnes de déchets envoyés chaque année en décharge à l’échelle nationale, dont environ 4 000 tonnes par jour pour la capitale, la pression exercée sur le système de gestion est considérable. Dakar, densément peuplée et en pleine expansion urbaine, cumule des difficultés liées à la collecte, à la valorisation et à l’élimination des déchets. Ces limites sont accentuées par la forte dépendance à la décharge non contrôlée de Mbeubeuss. Dans le cadre d’une évaluation de la durabilité du système de gestion des déchets, cette étude a pour principal objectif d’estimer la valeur de l’indicateur ODD 11.6.1, destiné à mesurer la proportion de déchets collectés et gérés dans des installations contrôlées dans la ville de Dakar. Pour ce faire, la méthodologie du Waste Wise Cities Tool (WaCT) de l’ONU-Habitat a été mobilisée. Cette approche standardisée repose sur sept étapes permettant d’obtenir une vue d’ensemble fiable du système. Les données ont été recueillies dans neuf zones d’enquête représentatives de trois niveaux socio-économiques — élevé, moyen et faible —, avec dix ménages suivis dans chaque zone. Pendant huit jours consécutifs, les déchets ont été pesés et caractérisés, offrant une image précise de leur composition et de leurs flux. En complément, un échantillonnage a concerné diverses structures non ménagères, notamment des hôtels, restaurants, écoles, bureaux, un marché et un hôpital, afin de mieux intégrer leur contribution aux volumes totaux de déchets. Toutes les données ont été saisies dans l’Application de Collecte de Données (ACD), qui en permet la compilation automatique et la production de tableaux, graphiques et fiches synthétiques. Les résultats indiquent que la production totale de déchets solides municipaux dans le département est estimée à 1 426 tonnes par jour, dont 856 tonnes issues des ménages et 570 tonnes provenant des établissements non ménagers. Cela correspond à une moyenne de près de 0,97 kg de déchets produits par habitant et par jour. Cette production varie notablement selon les niveaux de revenu. La composition des déchets révèle que la fraction alimentaire domine largement, avec 35,61 % du total, soit 0,35 kg par habitant et par jour. Les éléments fins, tels que les sables et poussières, représentent 22,86 % et s’avèrent particulièrement fréquents dans les quartiers précaires où les sols non stabilisés contaminent les flux de déchets. S’agissant de la performance opérationnelle, la collecte atteint un niveau élevé, avec 95,22 % des déchets produits (soit 1 327 tonnes par jour) effectivement collectés. Toutefois, 4,78 % des déchets échappent au système de collecte. La valorisation demeure marginale : seulement 4 % des déchets produits, soit 55 tonnes par jour, sont récupérés et valorisés. Parallèlement, environ 1 303 tonnes par jour sont acheminées vers la décharge de Mbeubeuss, classée comme installation non contrôlée en raison de l’absence de couverture des déchets, du manque de gestion des lixiviats, de l’absence de contrôle d’accès et d’autres insuffisances structurelles. En conséquence, l’indicateur ODD 11.6.1 calculé selon la méthodologie WaCT s’élève à seulement 1,33 %. Cela signifie qu’une proportion extrêmement faible des déchets solides municipaux produits à Dakar est gérée dans des installations répondant aux critères minimaux de durabilité. La dépendance quasi totale à Mbeubeuss, associée à la quasi-absence d’infrastructures de valorisation ou de traitement contrôlé, explique largement ce résultat. Au-delà des chiffres, l’analyse met en lumière des enjeux structurels importants. Les volumes élevés d’éléments fins dans les quartiers défavorisés révèlent les déficits d’infrastructures urbaines, tels que les routes non revêtues ou les dépôts sauvages, qui augmentent les contaminations et compliquent les efforts de recyclage. Paradoxalement, malgré un taux de collecte supérieur à celui de nombreuses autres villes africaines, Dakar obtient un score très faible à l’ODD 11.6.1 en raison de l’absence d’étapes de traitement durable. Cette situation expose les populations à des risques sanitaires, allant des maladies respiratoires aux infections, en passant par les blessures touchant notamment les récupérateurs informels. Les impacts environnementaux sont tout aussi préoccupants, avec des pollutions atmosphériques, hydriques et des sols. En conclusion, l’analyse souligne que la gestion des déchets solides municipaux à Dakar n’est pas durable selon les standards internationaux. Malgré la performance élevée en matière de collecte, l’absence d’infrastructures contrôlées et la faible valorisation des déchets limitent fortement les progrès possibles en matière de développement durable. L’étude recommande d’étendre les recherches à d’autres villes, d’intégrer une dimension diachronique pour observer l’évolution des pratiques, et d’approfondir les facteurs institutionnels et sociaux influençant la performance du secteur.
Téléchargements
Publié-e
Numéro
Rubrique
Licence
© Développement de la ville : problèmes et meilleures pratiques 2025

Cette œuvre est sous licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
License Terms for "City Development: Issues and Best Practices" Journal
By submitting an article to the "City Development: Issues and Best Practices" journal, authors agree to the following terms:
-
Authors' Rights: Authors retain the copyright to their work and grant the journal the right of first publication with the work simultaneously licensed under a Creative Commons Attribution License (CC BY 4.0) that allows others to share and adapt the work with an acknowledgment of the work's authorship and initial publication in this journal.
-
Open Access Policy: Authors permit their articles to be freely available immediately upon publication. This ensures that your work reaches the widest possible audience and can be read and cited by researchers worldwide.
-
Archiving and Preservation: Authors grant the journal the right to preserve and keep their work available in an archival form. This includes archiving in national and international databases, repositories, and indexing services.
-
Warranties: The author warrants that the submitted work is original, has not been published before (unless as part of a thesis or lecture notes), and is not currently under consideration for publication elsewhere.
-
Re-use and Distribution: Authors are permitted to post their work online (e.g., in institutional repositories or on their website) before and after the publication process, as it can lead to productive exchanges, as well as earlier and greater citation of published work.
-
Author's Acceptance: Upon acceptance of an article, authors will be asked to complete a 'Journal Publishing Agreement'.
Please note that these terms reflect the journal's commitment to promoting the dissemination of knowledge and information as widely as possible while respecting authors' rights. If you have any queries about our licensing terms or the submission process, please contact us.