La Gestion des déchets solides et durabilité urbaine : Suivi de l’indicateur ODD 11.6.1 à Dakar (Sénégal)

Auteurs-es

  • Mme Sokhna Bousso Institut des Sciences de l’Environnement, Faculté des Sciences et Techniques, Université Cheikh Anta Diop de Dakar. B.P. 5005 Dakar-Fann, Sénégal. https://orcid.org/0009-0001-7559-753X
  • M. Sonko Institut des Sciences de l’Environnement, Faculté des Sciences et Techniques, Université Cheikh Anta Diop de Dakar. B.P. 5005 Dakar-Fann, Sénégal. https://orcid.org/0000-0003-1571-3540
  • M. DIENG Institut des Sciences de l’Environnement, Faculté des Sciences et Techniques, Université Cheikh Anta Diop de Dakar. B.P. 5005 Dakar-Fann, Sénégal.
  • M. SARR Société nationale de Gestion intégrée des déchets (SONAGED) - SA, Immeuble Y2, Cité Keur Gorgui, BP. 11000, Dakar

DOI :

https://doi.org/10.18192/cdibp.v1i1.7519

Mots-clés :

déchets solides ménagers, durabilité urbaine, indicateur ODD 11.6.1, Installations contrôlées, Waste flow Diagram, Waste Wise Cities

Résumé

Le Sénégal, et plus particulièrement Dakar, fait aujourd’hui face à des défis majeurs en matière de gestion des déchets solides municipaux. Avec plus de 2,4 millions de tonnes de déchets envoyés chaque année en décharge à l’échelle nationale, dont environ 4 000 tonnes par jour pour la capitale, la pression exercée sur le système de gestion est considérable. Dakar, densément peuplée et en pleine expansion urbaine, cumule des difficultés liées à la collecte, à la valorisation et à l’élimination des déchets. Ces limites sont accentuées par la forte dépendance à la décharge non contrôlée de Mbeubeuss. Dans le cadre d’une évaluation de la durabilité du système de gestion des déchets, cette étude a pour principal objectif d’estimer la valeur de l’indicateur ODD 11.6.1, destiné à mesurer la proportion de déchets collectés et gérés dans des installations contrôlées dans la ville de Dakar. Pour ce faire, la méthodologie du Waste Wise Cities Tool (WaCT) de l’ONU-Habitat a été mobilisée. Cette approche standardisée repose sur sept étapes permettant d’obtenir une vue d’ensemble fiable du système. Les données ont été recueillies dans neuf zones d’enquête représentatives de trois niveaux socio-économiques — élevé, moyen et faible —, avec dix ménages suivis dans chaque zone. Pendant huit jours consécutifs, les déchets ont été pesés et caractérisés, offrant une image précise de leur composition et de leurs flux. En complément, un échantillonnage a concerné diverses structures non ménagères, notamment des hôtels, restaurants, écoles, bureaux, un marché et un hôpital, afin de mieux intégrer leur contribution aux volumes totaux de déchets. Toutes les données ont été saisies dans l’Application de Collecte de Données (ACD), qui en permet la compilation automatique et la production de tableaux, graphiques et fiches synthétiques. Les résultats indiquent que la production totale de déchets solides municipaux dans le département est estimée à 1 426 tonnes par jour, dont 856 tonnes issues des ménages et 570 tonnes provenant des établissements non ménagers. Cela correspond à une moyenne de près de 0,97 kg de déchets produits par habitant et par jour. Cette production varie notablement selon les niveaux de revenu. La composition des déchets révèle que la fraction alimentaire domine largement, avec 35,61 % du total, soit 0,35 kg par habitant et par jour. Les éléments fins, tels que les sables et poussières, représentent 22,86 % et s’avèrent particulièrement fréquents dans les quartiers précaires où les sols non stabilisés contaminent les flux de déchets. S’agissant de la performance opérationnelle, la collecte atteint un niveau élevé, avec 95,22 % des déchets produits (soit 1 327 tonnes par jour) effectivement collectés. Toutefois, 4,78 % des déchets échappent au système de collecte. La valorisation demeure marginale : seulement 4 % des déchets produits, soit 55 tonnes par jour, sont récupérés et valorisés. Parallèlement, environ 1 303 tonnes par jour sont acheminées vers la décharge de Mbeubeuss, classée comme installation non contrôlée en raison de l’absence de couverture des déchets, du manque de gestion des lixiviats, de l’absence de contrôle d’accès et d’autres insuffisances structurelles. En conséquence, l’indicateur ODD 11.6.1 calculé selon la méthodologie WaCT s’élève à seulement 1,33 %. Cela signifie qu’une proportion extrêmement faible des déchets solides municipaux produits à Dakar est gérée dans des installations répondant aux critères minimaux de durabilité. La dépendance quasi totale à Mbeubeuss, associée à la quasi-absence d’infrastructures de valorisation ou de traitement contrôlé, explique largement ce résultat. Au-delà des chiffres, l’analyse met en lumière des enjeux structurels importants. Les volumes élevés d’éléments fins dans les quartiers défavorisés révèlent les déficits d’infrastructures urbaines, tels que les routes non revêtues ou les dépôts sauvages, qui augmentent les contaminations et compliquent les efforts de recyclage. Paradoxalement, malgré un taux de collecte supérieur à celui de nombreuses autres villes africaines, Dakar obtient un score très faible à l’ODD 11.6.1 en raison de l’absence d’étapes de traitement durable. Cette situation expose les populations à des risques sanitaires, allant des maladies respiratoires aux infections, en passant par les blessures touchant notamment les récupérateurs informels. Les impacts environnementaux sont tout aussi préoccupants, avec des pollutions atmosphériques, hydriques et des sols. En conclusion, l’analyse souligne que la gestion des déchets solides municipaux à Dakar n’est pas durable selon les standards internationaux. Malgré la performance élevée en matière de collecte, l’absence d’infrastructures contrôlées et la faible valorisation des déchets limitent fortement les progrès possibles en matière de développement durable. L’étude recommande d’étendre les recherches à d’autres villes, d’intégrer une dimension diachronique pour observer l’évolution des pratiques, et d’approfondir les facteurs institutionnels et sociaux influençant la performance du secteur.

Bibliographies de l'auteur-e

Mme Sokhna Bousso, Institut des Sciences de l’Environnement, Faculté des Sciences et Techniques, Université Cheikh Anta Diop de Dakar. B.P. 5005 Dakar-Fann, Sénégal.

Madame Sokhna Bousso SENE est doctorante à l’Institut des Sciences de l’Environnement (ISE) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Elle occupe actuellement le poste de Responsable des Études à la SONAGED S.A., et agit également en tant que point focal national pour la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) des déchets solides au Sénégal.

Dans le cadre de son parcours académique, elle a soutenu deux mémoires sur la gestion des déchets, respectivement à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. À la SONAGED, elle a coordonné et supervisé plusieurs études stratégiques axées sur la gestion durable des déchets solides au Sénégal, contribuant ainsi à l’élaboration de politiques et de projets innovants en lien avec les Objectifs de Développement Durable (ODD).

M. Sonko, Institut des Sciences de l’Environnement, Faculté des Sciences et Techniques, Université Cheikh Anta Diop de Dakar. B.P. 5005 Dakar-Fann, Sénégal.

Pr El Hadji Mamadou Sonko est Maître de conférences titulaire au CAMES, Professeur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar et Directeur de l’Institut des Sciences de l’Environnement (ISE) à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Spécialiste des questions de gestion des déchets solides et liquides, il a encadré de nombreux mémoires et thèses sur ces thématiques. Ses travaux de recherche portent sur le compostage, la valorisation des boues de vidange, la qualité de l’eau et la pollution marine. Auteur de nombreuses publications scientifiques, il intervient également comme expert dans plusieurs projets nationaux et internationaux liés à l’environnement et à l’assainissement. Il est une voix respectée dans le débat public sur les politiques environnementales au Sénégal.

M. DIENG, Institut des Sciences de l’Environnement, Faculté des Sciences et Techniques, Université Cheikh Anta Diop de Dakar. B.P. 5005 Dakar-Fann, Sénégal.

Monsieur Diomaye DIENG est enseignant chercheur à l’Institut des Sciences de l’Environnement. Il occupe actuellement le poste de Directeur de la propreté et de l’Hygiène publique au Sénégal. Sa thèse de doctorat porte sur les enjeux liés à la gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). En parallèle de ses travaux de recherche, il a encadré plusieurs dizaines de mémoires portant sur la gestion des déchets solides, contribuant activement à la réflexion scientifique sur cette problématique au Sénégal.

M. SARR, Société nationale de Gestion intégrée des déchets (SONAGED) - SA, Immeuble Y2, Cité Keur Gorgui, BP. 11000, Dakar

M. Khalifa Ababacar Sarr est l’actuel Directeur général de la Société nationale de gestion intégrée des déchets solides (SONAGED S.A.) du Sénégal. Ingénieur géomaticien de formation, il a effectué ses études à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, où il s’est spécialisé sur les questions liées à la gestion des déchets solides. Il poursuit actuellement un doctorat sur cette thématique. Son parcours témoigne d’un engagement fort pour la modernisation et la durabilité du secteur des déchets au Sénégal.

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Publié-e

2025-12-24

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