De la pédagogie à la pratique dans le développement urbain : Bonnes pratiques de l’apprentissage par projet pour l’équité en matière de logement en Tunisie
DOI :
https://doi.org/10.18192/cdibp.v1i1.7571Mots-clés :
sustainable urbanization, housing equity, project-based learning, eco-district, design pedagogy.Résumé
L’urbanisation rapide et la crise mondiale du logement constituent des défis majeurs pour les architectes et les urbanistes à l’échelle mondiale, en particulier dans les contextes où se conjuguent inégalités sociales et vulnérabilités climatiques. Les universités, notamment dans les pays du Sud global, sont de plus en plus appelées à former des professionnels capables de concevoir des solutions inclusives, durables et sensibles au contexte. Cet article analyse la manière dont l’apprentissage par projet peut intégrer la durabilité et l’équité en matière de logement dans la formation architecturale, en s’appuyant sur un écoquartier réel à Tunis comme laboratoire pédagogique. L’étude met en évidence des résultats mesurables sur les performances des étudiants, des innovations méthodologiques en matière d’enseignement et des enseignements transférables pour les programmes internationaux.
L’urbanisation transforme les sociétés à un rythme sans précédent, les villes agissant à la fois comme moteurs de croissance et comme espaces de vulnérabilité. En Tunisie, près de soixante-dix pour cent de la population vit en milieu urbain, avec une expansion rapide le long du littoral. Le changement climatique, les pressions sur les ressources et les inégalités sociales exigent des réponses architecturales qui privilégient la résilience, le confort thermique et l’équité. Dans ce contexte, la formation en architecture doit évoluer au-delà de l’enseignement traditionnel du projet pour intégrer une pensée systémique, des principes de durabilité et des formes de gouvernance participative.
L’étude a été menée à l’École nationale d’architecture et d’urbanisme de Tunis dans le cadre d’un atelier de projet de troisième année. Elle s’est déroulée en deux phases. Lors de la première phase, les étudiants ont réalisé des relevés de site, des simulations environnementales et des analyses des parties prenantes. La collecte de données a combiné des observations qualitatives, des mesures quantitatives et des sources documentaires. La triangulation des preuves, associée à une double correction par les enseignants, a permis d’assurer la validité interne, tandis que la validité externe a été reconnue comme limitée en raison du recours à des conditions aux limites simplifiées et à des modèles non calibrés. Lors de la seconde phase, les équipes d’étudiants ont conçu des bâtiments résidentiels multifonctionnels intégrant diverses fonctions telles que le logement, les bureaux et les services. La flexibilité, la modularité et la performance environnementale ont été mises en avant. Les projets ont mobilisé des stratégies passives, notamment l’orientation, les dispositifs d’ombrage, la ventilation naturelle et l’inertie thermique, ainsi que l’utilisation de matériaux biosourcés, de systèmes de gestion de l’eau et l’intégration de la biodiversité. Les outils de CAO et de BIM ont soutenu la validation des projets, tandis que des logiciels de simulation ont permis de quantifier les performances. L’encadrement pédagogique a suivi un modèle de classe inversée, combinant ateliers hebdomadaires, séminaires thématiques et retours itératifs. Les critères d’évaluation comprenaient l’analyse du site, la qualité architecturale, les stratégies de durabilité, la justification technique, la clarté des simulations et la qualité de la présentation. L’évaluation par grille a été adaptée de cadres de référence reconnus internationalement, tels que les critères d’accréditation de l’ABET et les normes de validation du RIBA, garantissant une adéquation avec les standards mondiaux de compétence. La grille a été validée par un comité pédagogique, renforçant ainsi sa légitimité.
Les résultats ont montré des performances mesurables. Trois projets représentatifs ont atteint des réductions de la demande de refroidissement allant de vingt-cinq à quarante pour cent, des améliorations du confort estival et un renforcement de l’inertie thermique. L’analyse transversale des projets a révélé une réduction moyenne de vingt-huit pour cent de la demande de refroidissement, associée à une intégration cohérente des stratégies passives et à des améliorations mesurables du confort. Les limites incluent l’absence de calibration empirique et le recours à des scénarios théoriques, soulignant la nécessité de validations futures.
Les acquis d’apprentissage se sont révélés tout aussi significatifs. Les scores obtenus à partir de la grille sur six compétences variaient de 3,7 à 4,2, confirmant un développement cohérent des compétences. Les étudiants ont démontré une maîtrise des concepts clés, intégrant les stratégies bioclimatiques dans leurs projets. La capacité analytique a été renforcée par l’utilisation efficace des simulations et des cartes thématiques. Les aptitudes à la conception intégrée ont montré une cohérence entre les dimensions architecturales, environnementales et techniques, bien que certains projets aient rencontré des difficultés en matière de faisabilité économique. L’esprit critique et la créativité se sont manifestés à travers des solutions innovantes telles que des configurations modulaires et des espaces adaptables. Les compétences numériques se sont améliorées, bien que de manière inégale au sein de la cohorte, tandis que le travail collaboratif a révélé une coopération active mais des disparités dans la participation. Ces résultats démontrent que l’apprentissage par projet favorise le développement de compétences orientées vers la durabilité, dépassant l’observation anecdotique pour s’appuyer sur une évaluation fondée sur des preuves.
Les indicateurs d’impact pédagogique ont confirmé l’intégration des principes de durabilité. Les critères d’évaluation comprenaient la réduction de la demande de refroidissement, le confort estival, la flexibilité des espaces partagés, l’intégration paysagère, la durabilité des matériaux et la participation citoyenne. Les projets ont obtenu des résultats variables, avec de solides performances en matière de stratégies passives et d’intégration de la biodiversité, mais un engagement participatif limité. Cela met en évidence à la fois les réussites et les axes d’amélioration.
L’étude confirme que l’apprentissage par projet, ancré dans des écoquartiers réels, permet aux étudiants d’intégrer la durabilité et l’équité en matière de logement dans la pratique du projet. Les bonnes pratiques identifiées incluent une conception sensible au contexte, des stratégies bioclimatiques sobres en technologie, la modularité et un ancrage participatif. Bien que la validation empirique demeure limitée, le cadre proposé offre des recommandations étayées par des données, fondées sur les performances observées des étudiants. Les recherches futures devraient intégrer des mesures quantifiées telles que les taux de participation, les scores de compétences numériques et les évaluations de faisabilité, ainsi qu’un suivi longitudinal des cohortes et des expérimentations comparatives entre ateliers intégrant ou non ces bonnes pratiques. De telles approches renforceraient la rigueur académique et la généralisabilité des résultats.
En conclusion, l’apprentissage par projet au sein des écoquartiers constitue un puissant levier pédagogique pour intégrer la durabilité et l’équité en matière de logement dans la formation architecturale. En combinant analyse contextuelle, évaluation par grille et conception collaborative, le cadre proposé a produit des résultats mesurables en matière de performance énergétique, de confort et de développement des compétences. L’alignement de la grille d’évaluation avec les normes de l’ABET et du RIBA garantit une crédibilité internationale. Malgré des limites persistantes en matière de validation empirique, cette initiative met en lumière des bonnes pratiques transférables et positionne les universités du Sud global comme des catalyseurs de la gouvernance urbaine durable. Le cadre est adaptable à divers contextes institutionnels et offre un modèle reproductible pour l’intégration de la durabilité dans les programmes d’enseignement à l’échelle mondiale.
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